Que c’est beau ces fusées qui illuminent la nuit

Que c’est beau ces fusées qui illuminent la nuit

By Guillaume Apollinaire.

Que c’est beau ces fusées qui illuminent la nuit
Elles montent sur leur propre cime et se penchent pour regarder
Ce sont des dames qui dansent avec leurs regards pour yeux bras et coeurs
J’ai reconnu ton sourire et ta vivacité
Ces danseuses surdorées appartiennent à tous les temps et à toutes les races
Elles accouchent brusquement d’enfants qui n’ont que le temps de mourir
Comme c’est beau toutes ces fusées
Mais ce serait bien plus beau s’il y en avait plus encore
Pourtant c’est aussi beau que si la vie même sortait des mourants
Mais ce serait plus beau encore s’il y en avait plus encore
Cependant je les regarde comme une beauté qui s’offre et s’évanouit aussitôt
Il me semble assister à un grand festin éclairé
C’est un banquet que s’offre la terre
Elle a faim et ouvre de longues bouches pâles
Mais le festin serait plus beau encore si le ciel y mangeait avec la terre
Il n’avale que les âmes
Je suis dans la tranchée de première ligne et cependant je suis partout ou
plutôt je commence à être partout
C’est moi qui commence cette chose des siècles à venir
Et ce serait sans doute bien plus beau
Si je pouvais supposer que toutes ces choses dans lesquelles je suis partout
Pouvaient m’occuper aussi
Mais dans ce sens il n’y a rien de fait
Car si je suis partout à cette heure il n’y a cependant que moi qui suis en moi

[Excerpts of Merveilles de la guerre]

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Guillaume Apollinaire

Guillaume Apollinaire (1880-1918) was a poet and art-critic. Read more…

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